Approches cliniques et psychothérapie

Université de Sherbrooke, Maîtrise en psychoéducation

Approches psychocorporelles en psychothérapie

Les approches psychocorporelles ont de multiples allégeances

    1. Tout comme la psychoéducation québécoise, les approches psychocorporelles pratiquées par l’auteur de ces lignes relèvent de la psychologie du moi, elle-même partie des théories freudiennes. Ses références principales sont Sigmund Freud, Anna Freud, Fritz Redl, Bruno Bettelheim, Jeannine Guindon, Gilles Gendreau et Michel Lemay.
    2. Les approches psychocorporelles empruntent abondamment aux théories jungiennes en ce qui a trait à l’inconscient individuel et collectif, au Moi et au Soi. Dans la même perspective, elles accordent une grande importance à l’étude et à l’utilisation du symbolisme, de la mythologie (v.g. J. Campbell, M. Éliade, C. Pinkola Estès , M.-L. Von Frantz).
    3. L’approche de Wilhelm Reich. Selon la théorie et la pratique reichiennes, une grande attention est accordée à l’armure caractérielle comme siège de modes 0hroniques de défense contre le surmoi ou la vie pulsionnelle, et à la sexualité comme lieu d’intégration de la personne. Le programme fait une large place aux théories et modes d’intervention proposés par Reich et ceux qu’il a formés ou inspirés (v.g. G. Boyesen, B. Brennan, S. Keleman, A. Lowen, J. Painter, J. Pierrakos) pour aider le client à réduire ses défenses caractérielles, accéder à ses sources internes d’énergie, développer ses capacités relationnelles de même que son potentiel artistique, technique ou scientifique et sa responsabilité sociale. Reich et ceux qui l’ont suivi exercent une grande influence dans le champ éducatif ou rééducatif, psychothérapique et artistique.

 Moyens d’intervention

Grosso modo, ces moyens visent à consolider ou restaurer les attitudes de base proposées par Erik Erikson dans son approche épigénétique du développement de la personnalité. Il utilise le schéma freudien mais le complète en le rendant interculturel. Les activités ou exercices que je propose pour l’intervention et la formation cliniques se regroupent comme suit:

    1. En lien avec la phase orale (période intra-utérine et première année de vie). Confiance-méfiance.
      Relaxation active et passive. Exercices symboliques tirés de la tradition antique tel « les dons des dieux » ou « les dons des fées autour du berceau ».
    2. En lien avec la période du développement sensori-moteur, du contrôle sphinctérien, des bases de l’autonomie (2-3 ans). Autonomie ou doute et honte.
    3. Exercices bioénergétiques de Lowen.                                                                       Analyse de la posture corporelle et du mouvement, exercices sur l’assouplissement musculaire et la respiration, exercices d’expression consciente et sécuritaire de l’agressivité.
    4. En lien avec la phase oedipienne et à l’adolescence.                                                     3-5 ans, Initiative – culpabilité ; adolescence, 12-18 ans, identité – confusion d’identité.                                                                                                                               Méditation active.Jeux symboliques (mises en situation, dramatisation d’incidents marquants de la vie personnelle), jeux de rôles, sociodrame et psychodrame, exercices de communication non verbale, activités favorisant l’intériorité.
    5. En lien avec la phase de latence (6 -12 ans, travail – infériorité).                         Cette phase de la vie marque les débuts d’apprentissage systématique de la lecture, de l’écriture et de l’ensemble des connaissances acquises à l’école ou ailleurs. L’enfant apprend à apprendre et, dans ce processus, peut acquérir la capacité d’investir son énergie dans une tâche à accomplir ou, au contraire, se sentir incapable de « travailler » de façon efficiente. C’est également l’âge où la pensée symbolique peut s’exprimer à travers toutes sortes de productions.                                                                                                                                                                    En ce sens, toutes les activités faisant appel à la créativité peuvent être utilisées dans une perspective éducative, ré-éducative ou thérapeutique : l’écriture sous toutes ses formes, les arts plastiques, les arts du spectacle, les média audio-visuels, l’ordinateur, l’expérimentation technique ou scientifique. L’art thérapie, la danse-thérapie, l’art dramatique, le bricolage, la cuisine et la couture, l’initiation à divers métiers constituent des champs privilégiés pour favoriser la capacité de s’investir et d’apprendre, une des sources de la confiance en soi.
    6. En lien avec l’âge jeune adulte, 18 – 30 ans, intimité – isolement.                           Exercice favorisant l’expression de soi: Choisir un membre du groupe peu connu mais perçu comme sympathique, l’amener un peu à l’écart et lui révéler quelque chose d’important sur soi-même. Inverser les rôles : l’écoutant devient celui qui parle.                                                                                                 Exercices favorisant l’écoute: Choisir un membre du groupe peu connu et lui demander de décrire son tempérament. L’écouter sans l’interrompre puis lui répéter le plus fidèlement possible ce qu’il vient de dire. Inverser les rôles.           Choisir un partenaire familier, lui raconter un événement important de sa vie de la manière la plus exacte et réaliste possible. Raconter ensuite le même événement sous forme de conte ou légende. Inverser les rôles.

L’apprentissage des moyens d’intervention se fait par expérimentation personnelle: d’abord la personne en formation « vit l’expérience » à titre de sujet, dans le rôle du client, puis elle la pratique en co-animation avec l’animateur principal ou ses collaborateurs. Enfin elle exerce auprès de quelques clients individuels ou de groupes, avec supervision par un formateur expérimenté.

L’animation de ces exercices et activités suppose chez l’intervenant une formation clinique relativement approfondie. En effet les expériences proposées peuvent avoir, sur ceux qui les « vivent », des effets très variés, qu’on peut regrouper en grandes catégories.

    1. Une régression vers des périodes du passé, allant des événements récents à ceux qui, subjectivement, peuvent renvoyer à la période intra-utérine, au processus de naissance et aux autres étapes de la biographie. La régression peut se faire vers des épisodes très heureux de la vie, mais habituellement elle ramène à ce qui a été douloureux, par manque ou par coups reçus ; en d’autres mots elle renvoie aux carences et aux situations ou événements traumatisants.
    2. Une réaction très vive, une « découverte » relatives à des situations, événements ou personnes.
    3. Des peurs, anxiétés, angoisses dont la source est difficilement identifiée par la personne qui les subit. En ce domaine la peur de la mort revêt toutes sortes de formes.
    4. Des pulsions agressives ou libidinales très fortes.
    5. Des états modifiés de conscience qui ont le caractère d’expériences spirituelles hors du commun : états euphoriques, identification à des personnages réels ou légendaires, voyages dans « l’au-delà », fortes intuitions concernant d’autres personnes, identification à des peuples ou groupes sociaux persécutés, découvertes de tendances ou talents personnels jusque-là demeurés latents.

En général, l’intervention efficace consiste d’abord à accompagner la personne dans son expérience, sans jugement ni réaction défensive, en l’aidant à être présente à ce qui lui arrive. L’autre volet de l’intervention consiste à essayer de répondre au besoin de la personne qui prend contact avec ses carences affectives, son vécu traumatique, ses peurs, ses pulsions ou des états modifiés de conscience jusque là inconnus. Alors, selon mon expérience, il est thérapeutique de répondre, en tout respect de l’intégrité de la personne auprès de qui l’on intervient, à ses besoins de rassurance, de parentage, d’expression ou de sens à donner à ce qui lui arrive.


Références et bibliographie

  1. Des notes de cours
  2. La relaxation psychothérapique
  3. Schéma d’évaluation diagnostique
  4. Cours sur l’attachement
  5. Cours sur le moi
  6. Cours sur Erikson
  7. Cours sur le développement cognitif selon Jean Piaget
  8. Les numéros 1 à 10 de la revue Psychothérapie Québec

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