Relaxation selon Schultz et Jacobson

Référence principale :Geissmann, P. et Durand de Bousingen, R. 1968. Les méthodes de relaxation. Bruxelles : Pierre Mardaga.1

Chap. II LES DIFFÉRENTES TECHNIQUES (p. 17-54)

1. Le training autogène de J. H. Schultz (p. 18-40)

« Le principe de la méthode est d’induire par des exercices physiologiques rationnels déterminés, une déconnexion généralisée de la personne en cause, qui par analogie avec les anciennes constatations sur l’hétéro-hypnose, permet toutes les réalisations propres aux états authentiquement suggestifs. »

A) Le cycle inférieur (Durée des séances au stade de l’initiation : de 5 à 15 minutes.)

1er exercice : l’expérience de la pesanteur.

« Mon bras droit (gauche pour les gauchers) est tout à fait lourd ».

2e exercice : l’expérience de la chaleur.

« Mon bras droit (gauche) est tout à fait au chaud. »
P. 30. « On remarquera avec quel soin on opère dans une perspective globalisatrice du vécu corporel – un bras d’abord, puis progressivement le reste du corps. » Il s’agit pour le thérapeute d’induire progressivement un ‘état de concentration passive’ ».

3e exercice : l’exercice cardiaque.

« On invite le patient à ‘sentir son coeur’. Il se concentre sur les manifestations subjectives du fonctionnement cardiaque. Il essaye de sentir battre son coeur, là où il est, dans la poitrine. … le patient répète six ou sept fois ‘mon coeur bat calmement’ … On peut inviter le patient à mettre sa main sur la région précordiale pour sentir mieux son coeur. » (p. 30-31).

4e exercice : l’exercice respiratoire

« On demande au patient, lorsqu’il a réussi ses trois premiers exercices, de s’abandonner à sa respiration. Là encore on respecte le rythme respiratoire naturel. » … « Sentir l’air pénétrer en soi ». Répéter la formule verbale « ma respiration est tout à fait calme ».

5e exercice : exercice de la chaleur abdominale

« Le patient est invité à ressentir une sensation de chaleur au plus profond de son creux épigastrique, au niveau du plexus scolaire. » Représentation mentale : source de chaleur douce située au niveau du plexus solaire et irradiant à l’ensemble de l’abdomen, en même temps que le sujet récitera une formule verbale stéréotypée, telle que ‘mon plexus solaire est tout à faut chaud’. »

6e exercice : l’exercice de la tête

« Mon front est agréablement frais ». Recommandé par Schultz à ce stade initial de la relaxation, pour éviter qu’un sujet ne soit trop fortement inquiété par les modifications qui s’effectuent peu à peu dans l’ensemble de son corps.

B) Cycle supérieur (requiert de l’expérience professionnelle en psychothérapie. Durée : habituellement de 30 à 60 minutes, … ou plus.)

Il s’agit ici d’accompagner la personne en état de relaxation qui peut éprouver toute une gamme de perceptions aux plans corporel, émotionnel, intellectuel ou spirituel. À la pensée de J.H. Schultz ajoutons ici quelques considérations sur la différence entre détente et relaxation. « La distinction de ces deux termes est importante car le mot détente signifie relâchement de la tension générale de l’organisme tandis que celui de relaxation désigne un état semblable au sommeil, avec abaissement du tonus général, approfondissement de la respiration et relâchement musculaire majeur, sans perte de conscience du monde ambiant. La personne en état de relaxation éprouve une impression de lourdeur très considérable des membres et de l’ensemble du corps, au point que le simple fait de bouger un bras ou une jambe semble requérir un grand effort, en même temps que sa respiration augmente en amplitude et profondeur. Il peut alors arriver que la relaxation mène à des états modifiés de conscience (en anglais : altered states of consciousness) où se manifestent des sensations physiques, émotions, sentiments ou pensées inhabituels, correspondant soit à des régressions vers des événements de l’histoire personnelle, soit à des expériences décrites comme spirituelles par ceux qui les éprouvent : communion avec la nature ou des éléments de la nature, identification à des personnages historiques ou mythiques, impression de communication avec des peuples de diverses époques, de possession de dons personnels jusque-là peu valorisés.

2. La relaxation progressive d’Edmund Jacobson (p. 40-54)

« Les méthodes de contrôle de la tension, avec les diverses formes de la relaxation progressive et de la relaxation scientifique, ont eu leurs origines en 1908, quand, à l’Université de Harvard, j’ai commencé les études expérimentales sur le tressaillement nerveux ». (p. 40)

A) LA RELAXATION GÉNÉRALE

1ère étape : décontraction du bras

1er exercice

Posture allongée sur le dos, yeux fermés, jambes non jointes; relâchement de l’ensemble de la musculature, approfondissement de la respiration. Durée : de 30 à 50 minutes.

2e exercice

Même posture. Le sujet élève le bras gauche et fait le poing. Il ouvre la main et l’incline vers l’arrière au niveau du poignet. On invite le sujet à ressentir la forte tension ainsi imprimée à sa main, au poignet, à tout le bras, à l’ensemble de son organisme, avec l’impression de chaleur qui en résulte.
Détente : le sujet laisse la main reprendre sa position normale, laisse tomber son bras. Quelques minutes de repos, puis on reprend deux fois l’exercice. « La fin de l’exercice est consacrée au repos (20 à 40 minutes). » (p. 45)

3e exercice

« On fait le même avec les deux bras. » (p. 45)

2ème étape : détente des jambes

1er exercice

« Tension : extension des pieds et flexion des orteils, sans que le genou soit mobilisé.
Détente : faire cesser brusquement ce mouvement, et repos de quelques minutes. Recommencer deux fois. » (p. 46)

2e exercice

« Le pied et les orteils sont détendus, non pas brusquement, mais progressivement. »

3e exercice

Inviter le sujet à refaire l’exercice précédent en remarquant ses effets au niveau des bras.

3e étape : respiration

Exercice de respiration consciente, avec attention à la tension de la cage thoracique lors de l’inspiration, de détente de la cage thoracique lors de l’expiration.

4e étape : la détente du front

1er exercice

« Le patient se met devant le miroir :

a) il fronce le front et lève les paupières. Il laisse progressivement ses muscles se relâcher,
b) il referme progressivement les yeux et les détend peu à peu. » (p. 47)

2e exercice

« Le patient se couche et ferme les yeux :

a) il fronce le front et laisse ses muscles se détendre progressivement,
b) il ferme fortement les paupières et les détend progressivement.

3e exercice

On attire l’attention du patient : quels effets a la détente du front et des paupières sur la détente des bras, des jambes et de la cage thoracique ?

5e étape : la détente des yeux (p. 47)

1er exercice

« Toujours dans la même position, le patient regarde vers la droite, conserve cette position une demi-minute, puis on lui demande de ressentir consciemment la tension dans les yeux. Le patient laisse ses yeux revenir dans une position normale, sans diriger son regard sur un objet quelconque ; il détend ainsi ses muscles oculaires et continue l’exercice vers la gauche. Puis les exercices se font vers le haut et vers le bas. »

2e exercice

Le même que le précédent, avec conscience de la tendance à la généralisation de la détente.

6e étape : détente des muscles de la sphère vocale (p. 48)

Position : au choix, à condition que les yeux soient fermés.

1er exercice

« Le patient compte jusqu’à 10 et observe en lui-même l’activité de la langue, des lèvres, de la mâchoire, du cou et de la cage thoracique. Les groupes musculaires qui entrent en jeu sont détendus deux ou trois minutes. Pour cela le patient s’arrête de parler. Cet exercice est répété deux fois. »

2e exercice

« Le patient compte à nouveau jusqu’à 10, mais à mi-voix, puis en murmurant ; suit un moment de détente pendant lequel le patient se tait. »

3e exercice

« Le patient compte intérieurement. Il se représente seulement les chiffres. Quand il s’arrête de compter, il doit se rendre compte que, malgré qu’il n’ait pas du tout parlé, il se produit une détente de l’organe vocal. »

Commentaire
Cette méthode pourrait s’inscrire dans la mouvance de la psychothérapie comportementale (en anglais « behavior psychotherapy) car le docteur Jacobson se défend bien d’en faire une approche psychothérapique. Pour lui il s’agit de faire réaliser au patient la différence entre la tension normale requise pour toute action et le stress excessif (strain versus tenseness) provenant d’une mobilisation excessive des muscles nécessaires ou non à l’accomplissement de cette action. En somme une question d’économie d’énergie personnelle. Jacobson en vient ainsi à la notion de relaxation différentielle. (p.50)

B) LA RELAXATION DIFFÉRENTIELLE

« La relaxation différentielle est définie par Jarreau2 comme ‘le minimum de contraction musculaire nécessaire pour l’exécution d’un acte, en même temps que la relaxation des muscles dont l’activité n’est pas indispensable pour la réalisation de cet acte’.»
… « En bref dit Jarreau, Jacobson recommande de se relaxer jusqu’au maximum compatible avec le maintien d’une efficacité d’action. » … Selon Jacobson, qui relie le concept de relaxation à celui d’auto-régulation du fonctionnement personnel, « le propos poursuivi est d’accroître les possibilités de réaliser les buts, d’éliminer ceux qui sont dispendieux et moins désirables, accomplissant par là l’intégration des efforts fournis. » (p. 52)
Geismann et De Bousingen : « Le patient anxieux est invité à percevoir ses dépenses énergétiques lors de l’effort par l’intermédiaire de ses sensations musculaires. (Selon Jacobson) « C’est ainsi qu’il verra immédiatement s’il est tendu à l’excès ».

Conclusion

La méthode de relaxation active préconisée par Edmund Jacobson peut être utilisée avec profit. Des personnes particulièrement tendues, anxieuses ou en état d’hyper-vigilance peuvent se sentir très mal à l’aise dans la pratique de relaxation passive inspirée de Schultz ; alors elles acceptent souvent mieux de « travailler » activement sur leurs tensions musculaires selon des approches reliées à la méthode Jacobson.

L’intervenant aura donc intérêt à s’inspirer à la fois de Schultz et de Jacobson pour utiliser leur méthode telle que préconisée ou créer ses propres exercices, en lien étroit avec l’état ici maintenant de son client. Ainsi il l’accompagne vers la prise de conscience de son fonctionnement tant interne que relationnel, dans la perspective de son passé, de son actuel et de son futur, aux plans corporel, émotionnel, intellectuel et spirituel.

Autres référence intéressantes :
Brenot, P., 1998. La relaxation. PUF, Coll. Que sais-je ? no 929.
Loseau-Joussot, P. et Gresson, L., 2006. Textes de relaxation et de visuaslisation. Paris : Seuil.
Marvaud, J. (sous la direction de), 1995. Relaxation, actualité et innovation, vol. 1 et 2. Paris : L’esprit du Temps. Diffusion P.U.F.. Disponible à la Grande bibliothèque, Montréal.

  1. Geissmann, P. et Durand de Bousingen, R. 1968. Les méthodes de relaxation. Bruxelles : Pierre Mardaga, chap. II, pp. 17-54. Voir aussi :
    Ranty, Y. 1990. Le training autogène progressif. Une relaxation psychothérapique. Paris : PUF, chap. I et II, introduction et chap. 1, 5 à 31. []
  2. Dans Cahiers de psychiatrie (publiés sous la direction du professeur Kammerer). Numéro spécial 16-17 : les méthodes de relaxation, compte rendu des journées de Strasbourg du 4 au 9 juin 1962. Supplément au Strasbourg Médical, Strasbourg 1962. []

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